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Fribourg 2010

En mai 2010 a eu lieu le colloque ‘Annie Ernaux. Se mettre en gage pour dire le monde’, à l’université de Fribourg, en présence d’Annie Ernaux. En a découlé l’ouvrage collectif Annie Ernaux. Se mettre en gage pour dire le monde, sous la direction de Thomas Hunkeler et Marc-Henry Soulet (MétisPresses, Collection Voltiges, 2012).

Thomas Hunkeler a répondu à nos questions au sujet de ce colloque et de la place d’Annie Ernaux dans le champ littéraire contemporain:

1. Quels étaient vos objectifs en organisant le colloque de Fribourg en 2010 ?

Notre colloque a eu lieu les 21 et 22 mai 2010 à l’Université de Fribourg. Il venait couronner, à nos yeux, un cours public interdisciplinaire que nous avions donné ensemble, Marc-Henry Soulet (Sociologie) et moi, Thomas Hunkeler (Littérature française). C’est dans ce même cadre que nous avons pu accueillir Annie Ernaux pour un entretien, le 21 mai au soir. Notre objectif à l’époque était double : d’une part, nous étions guidés par l’envie de traverser les champs disciplinaires pour redonner du sens à la rencontre entre les différentes sciences humaines dans une grande faculté des lettres ; d’autre part, il s’agissait de donner libre cours à une réflexion commune autour d’une œuvre littéraire qui nous passionnait tous les deux. Durant tout le semestre, on analysait les livres d’Annie Ernaux à tour de rôle, dans une perspective croisée de sociologue et de littéraire, pour mieux comprendre comment cette ouvre, comme nous le disions alors, « se mettait en gage pour dire le monde ». Ensuite, le colloque servait à élargir le propos à d’autres voix pour montrer le caractère inépuisable de cette œuvre.

2. À votre avis, quelle place détient Annie Ernaux dans le paysage littéraire actuel ?

À l’époque, Les Années venaient de paraître. Une œuvre clé, une œuvre somme aussi, dont on n’a pas fini de prendre la mesure. Mais depuis, Annie Ernaux a continué à écrire et à publier, à prendre position aussi. Si à l’époque elle était déjà très connue, elle est aujourd’hui, incontestablement, devenu un monument de la littérature française, même si elle détesterait sans doute cette expression avec ce qu’elle implique de grandiloquent et de figé. Disons donc plutôt que c’est une œuvre qui est aujourd’hui une référence, une œuvre par rapport à laquelle on se situe. Le plus beau, je trouve, c’est que cette œuvre continue à interpeller les jeunes générations, moins par les réalités qu’elle décrit peut-être que par l’absolue franchise qui est la sienne.

3. Depuis le colloque de Fribourg, quelles publications d’Annie Ernaux vous semblent être des étapes significatives dans son œuvre ?

Tous les écrits d’Annie Ernaux sont significatifs, c’est évident, à la fois par rapport à la constitution de l’œuvre dans son ensemble et dans les enjeux qu’ils mettent au premier plan. Mais aussi dans la mesure où ces écrits plus récents viennent jeter une lumière souvent critique sur les écrits déjà publiés ; ils viennent avouer des silences, des blessures, et aussi des choix d’écriture. Pensons par exemple à Mémoire de fille, qui nous fait relire les premiers romans, Les Armoires vides ou Ce qu’ils disent ou rien, avec un autre regard. Comme tous les grands lecteurs d’Annie, nous scrutons donc à chaque rentrée les annonces de Gallimard avec attention dans l’espoir de découvrir son prochain livre, celui qui nous surprendra sans doute encore d’une nouvelle façon.